Concours d'écriture Lire & Sourire x Ammareal : 

Un souvenir du passé - Ces moments précieux entre générations.

🥇 Prix Adulte : Cédric.M - Sans temps, cent ans.

Un grand bravo à toutes celles et ceux qui ont participé à notre concours, organisé avec Lire & Sourire 💙

Découvrez les grands gagnants !

Comme j’aimais mes fins d’après-midi partagées avec mes grands-parents… 

Ma grand-mère venait me chercher à l’école, et nous devisions gaiement sur le chemin, parlant de mes cours, de recettes de cuisine et d’histoire de famille qu’elle me transmettait ainsi à mon insu au fil des jours. Arrivée à la maison, elle rangeait soigneusement chaussures et vestes et renouait son tablier à carreaux amidonné, tandis que j’abandonnais mon cartable, et courais enfiler mes sabots pour rejoindre mon pépé au jardin. Souvent, je le trouvais appuyé à sa bêche, le regard rêveur contemplant les plantations, une cigarette consumée au coin des lèvres, qu’il écrasait bien vite en me voyant. Mon grand-père maternel était une force de la nature, un colosse aux gestes doux, qui loin des clichés des hommes de sa génération, m’avait de ses grandes mains rudes de travailleur langée dès mes premiers jours. Il m’apprenait les saisons, les insectes et le jardinage. A bien y réfléchir, je pense avoir appris bien plus de mes grands-parents, que de mes nombreuses années à la faculté.

Pour l’heure, je me jetais à son cou, et plongeais ma petite main dans la poche de son vieux gilet zippé, pour voir quelle merveille il m’y aurait dissimulée ce soir. Souvent, c’était des graines à découvrir et planter avec lui, parfois des noisettes ou glands et autres châtaignes germés à admirer les jours suivants se développer dans de petits pots, parfois des fleurettes aux couleurs chatoyantes que j’accrochais dans mes cheveux. J’en sortais cette fois un petit sachet de poudre jaune mêlée de grains ressemblant à de la semoule, et une seringue au large embout. Je regardais mon pépé, interrogative.

Il m’entraina vers son fauteuil d’osier à l’abri d’une pergola au fond du jardin, à côté duquel il avait posé à l’ombre un carton que je n’avais pas encore remarqué. Il prit la caisse, et la posa sur sa table en bois vermoulu, une vieille porte posée sur deux tréteaux où il préparait ses semis.

Je me penchais émerveillée sur la petite créature qui s’y reposait. Quelques plumetis jaunes hérissés à travers son plumage gris naissant, un jeune pigeonneau s’agita en voyant la lumière. Il ouvrit un grand bec, avec un léger pépiement. « Je l’ai trouvé en bas du grand chêne, impossible de le remettre dans son nid. Il me rappelle mon « Boîte à Bottines », le meilleur pigeon que j’ai eu quand j’étais coulonneux… Opiniâtre à vivre et avide à manger, sourit-il.

- Il est trop mignon, je vais l’appeler Fifi ! Mais du coup on va faire quoi ?

- Le nourrir, avec la préparation que je vais te montrer. Tu vois, on ajoute un peu d’eau à la poudre que tu as trouvée dans ma poche, et le plus dur, c’est de lui donner ensuite.

- Montre-moi pépé, trépignais-je. Je vais être une bonne maman ! »

Fifi occupa bien du temps de nos semaines suivantes. Les vacances d’été étaient commencées, quand un matin, mon grand-père décida qu’il était temps de lui rendre sa liberté.

« Il reviendra ?

-Peut-être, mais il n’est pas fait pour vivre enfermé seul…

-Tu as raison, opinai-je. »

Et bien décidée, je franchissais la porte, mon Fifi maintenant monté sur ma tête.

« Allez Fifi, envole-toi », lui intimai-je !

L’oiseau hésita, puis brusquement, il décolla. Nous suivîmes des yeux son premier vol, hésitant tout d’abord, puis soudain, comme ivre de liberté, de plus en plus haut vers la cime des arbres, où nous le perdîmes bientôt de vue.

🥈  Prix Bénévole : Delphine.V - Comme j'aimais mes fins d'après midi... 

🥉 Prix d'Honneur : Résidents du PASA Résidence les Marronniers - Surprises de Noël  

Surprises de Noël

Moi, c’est Julie. En ce matin d’hiver, je pars avec mon mari Antoine, qui se plie tant bien que mal pour entrer dans ma petite voiture rouge. Blond et élancé, il se tourne vers nous en souriant : « Are you ready ? ».

À l’arrière, ma fille Marianne, 4 ans, rit dans son siège auto, tandis que Michel, surnommé « Petit Chef » du haut de ses 7 ans, réplique : « Ce n’est pas trop tôt ! On aurait dû partir depuis 20 minutes ! ».

Marianne, blonde et bouclée, a les yeux clairs de sa grand-mère ; Michel, brun et raide, porte mes grands yeux noirs.

Nous arrivons à Villard-de-Lans avec 40 minutes de retard sur l’horaire du Petit Chef. À 1200 mètres d'altitude, notre chalet nous attend. Ma cadette Monique est déjà là, souriante et généreuse.

« J’ai fait des sablés et du chocolat chaud ! Mais vite, ou Sébastien aura tout mangé ! »

Sur ces mots, Sébastien, 6 ans, surgit, barbouillé, les bras pleins de biscuits, et nous entraîne vers la cuisine. Ma mère, Laurence, toujours apprêtée et loin de paraître ses 58 ans, nous attend avec une tasse de thé. Nicolas, mon beau-frère, viendra plus tard : il doit finir un chantier avant Noël.

La soirée file : les garçons jouent aux cartes, Marianne berce sa poupée, et nous préparons le potage. Une fois les enfants couchés — enfin regroupés, à chahuter et se lancer des oreillers —, nous profitons d’un moment entre adultes. La route nous a fatigués, et demain une grande journée nous attend.

Après une bonne nuit, cap sur la montagne ! 

Antoine skie avec les enfants, nous partons marcher avec Maman et Monique. L’air glacé nous emplit les poumons, mais une tempête nous surprend ! La chapelle est trop loin : nous nous abritons dans un hangar, transis, pensant aux skieurs. Enfin la neige se calme, et nous n’avons plus qu’une envie : rentrer nous réchauffer autour d’un chocolat chaud.

Les jours suivants, nous skions entre adultes et déjeunons au restaurant en haut des pistes. Le serveur, charmé par Monique, lui offre bientôt un chocolat avec son numéro… De quoi nous faire sourire.

Pendant ce temps, les enfants s’éclatent au club : ski, chansons de montagne et répétition d’un spectacle.

Le soir, entre rires et batailles de boules, nous fabriquons un bonhomme de neige bancal, affublé d’une pipe et baptisé « Pépé ».

Déjà le 24 décembre. Nicolas nous a rejoints, Monique est sur un nuage, et le serveur oublié. Pourtant, Nicolas disparaît souvent…

Au réveil, surprise ! Le bonhomme a perdu sa carotte ! Introuvable ! L’âne du voisin l’aurait-il mangée ? Nous croyons l’entendre dire : « Trouvez-moi un autre nez ! ». Après débat, Marianne propose sa baguette de fée : voilà Pépé avec un nez doré étoilé.

En fin de matinée, nous assistons au spectacle des enfants. Un vrai moment de douceur ! Ils racontent la naissance de Jésus. Marianne, en petit ange, chante merveilleusement. Michel, fier roi Gaspard, apporte l’encens. Sébastien, berger enthousiaste, chante avec… vigueur, dirons-nous.

Le soir venu, nous allumons un feu, déposons nos pantoufles et dînons en chantant. Les enfants, excités, peinent à se coucher, espérant surprendre le Père Noël… Mais la fatigue finit par l’emporter.

Le lendemain matin, c’est l’euphorie ! Sous le sapin, Marianne découvre une poupée, Michel un attirail de magicien, et Sébastien un vélo.

C’est alors que Nicolas entre — mais où était-il encore passé ? — une grosse boîte dans les bras. À peine posée devant Sébastien, elle s’ouvre : un magnifique caniche bondit ! Sébastien éclate de rire et le baptise Cookie.

Ses éclats résonnent dans toute la maison, bientôt rejoints par les nôtres. Entre cadeaux, chansons et surprises, ce Noël restera gravé dans nos cœurs.

Sant temps, cent ans.

Cent ans, sans temps, je ne suis plus vraiment. Chaque matin, je cherche mon nom et parfois, je le perds… dans le brouillard profond.

Le silence s’installe dans la chambre septante. Ici, on s’éteint comme une vieille lampe. Personne ne scintille mais tout le monde tremble.

Sans dents, cent ans, tout fout le camp. La purée remplace les festins de maman.La viande est molle, la soupe est tiède comme mes trente-deux souvenirs qui cèdent.

On me rappelle qui je suis, cent fois par jour et cent fois par heure, je m’oublie en dedans en dehors et au pourtour.

Sans cri, sans bruit, la résidence est sage.On entend le pas lent de l’usure des âges. Christiane ne vient plus à la salle à manger,On dit qu’elle dort, qu’elle ne va plus se lever.

Le téléphone sonne parfois pour Simon, mais jamais pour moi. À quoi bon ! Je ne me souviendrais pas de toi..

On me dit souvent que j’ai beaucoup vécu mais vivre encore, je ne sais plus. On nous borde, on nous lave, on nous range, parfois même nos prénoms, nos dates, nos âges changent.

Sans âge, sans page, je tourne en rond dans un livre aux chapitres effacés. Mes souvenirs touchent le fond. Ma mémoire s’envole, feuille après feuille, nom par nom.

Marc ne parle plus, il regarde le plafond et Valérie est partie, sans pouvoir prononcer mon nom. Heureusement, ma petite fille Alice est là et me lit sans cesse Peter Pan. Elle pretend qu’en rêvant, on reste enfant.

Cent ans, j'attends et je regarde dehors. Alice est là et fonce dans mes bras et me serre très fort. Alors parfois, entre deux medocs, je redeviens moi-même , un genre de capitaine Hadock

Donne-moi du rêve, une minute, un matin, pour queje redevienne navigateur, amoureux, gamin. Laisse moi lire. Laisse moi sourrire.Et dans un livre d’enfant, je volerai sans fin, avec Alice ou Peter, main dans la main.

Sans temps, cent ans, je suis là sans vraiment y être mais si on le prend ce temps, celui de m'octroyer un regard, un vrai mot, peut être même une caresse , je redeviendrai plus qu’un vieil instant. 

Je ne serai alors plus sans temps. Je n'aurai plus cent ans. Je serai alors ce battement de cœur, fragile comme un enfant, et bien vivant.